De la gare des Brotteaux à la gare Part-Dieu

Les photographies, les récits, tout ce qui concerne le chemin de fer ancien.

Re: De la gare des Brotteaux à la gare Part-Dieu

Messagepar KM 506
17 Avr 2017, 16:07

Bonjour,

Je reviens sur l’enquête publique de 1845 concernant l’implantation de la gare lyonnaise du chemin de fer de Paris à la Méditerranée et du débat passionné qu’elle a suscité auprès des Lyonnais. Pour commencer, je vais à nouveau citer Louis Bonnardet et son mémoire lu le 20 septembre 1845 à l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon :

« Si vous demandez à Lyon, s'il vaut mieux pour lui, que le chemin de fer passe ici ou là; que l'embarcadère soit sur ce point ou sur tel autre; il vous répondra: oui et non; oui, si je parle pour le Midi, non, si je parle pour le Nord; et ainsi de suite. Cette question n'est donc pas susceptible d'une véritable solution puisqu'elle les admet toutes, même les plus contradictoires, et que tout dépend, comme l'a dit un jour M. Molé, de quel côté on se tourne. »
[...]
« Il faudrait, en un mot, fixer la ligne où s'arrêterait le profit, où commencerait la perte; toutes choses évidemment au-dessus de nos forces, et qui n'étant, à tout événement, susceptibles d'aucune démonstration raisonnable, donneraient lieu ainsi que cela arrive, du reste, à des débats sans résultats, à des affirmations et à des dénégations entre lesquelles il serait impossible de choisir avec quelque connaissance de cause. Ces questions sont celles qu'on ferait mieux, en vérité, de résoudre à croix ou pile, que d'en faire l'objet d'un pareil débat.

Aussi voyez ce qui est arrivé! L'enquête a trouvé des raisons au service de tous les intérêts, et à peu près aussi bonnes les unes que les autres. On dirait, à voir ce qui s'est passé, que chacun a pris son argumentation, non dans sa tête, mais dans sa poche. Dites-moi où est la maison, je vous dirai l'opinion. Avec un Indicateur lyonnais, avec le registre de l'impôt foncier surtout, j'en saurai autant et plus que la Commission qui a dépouillé le registre d'enquête.

Tot capita, tot sensus ; autant d'intérêts autant d'avis. M. un tel qui a dit blanc, parce que ses propriétés sont ici, eût dit noir si elles eussent été du côté opposé. Je défie qu'on me cite un avis qui ne repose sur un intérêt. C'est là un fait que je rappelle et non un blâme que je formule. Une enquête comme celle qui a été faite n'est autre chose qu'un appel aux intérêts. On s'est adressé à eux, il fallait bien qu'ils répondissent. »
[...]
« Ce n'est pas tout: les intérêts lyonnais, déjà si divisés entre eux à ce sujet, se sont encore trouvés en opposition avec l'opinion de MM. les ingénieurs qui, par leur position, se placent plus spécialement au point de vue général et politique; et, à ce point de vue, en effet, ils peuvent avoir parfaitement raison, alors même qu'ils auraient parfaitement tort au point de vue lyonnais. »

Au moins quatre projets d’implantation de la gare ont été proposés et discutés :

    - A Perrache, avec un tunnel sous la colline de Fourvières et deux gares marchandises, l’une à Vaise (avec une gare voyageurs également) et l’autre à la Guillotière ;
    - Aux Brotteaux, après avoir franchi la Saône et le Rhône au Nord de Lyon ;
    - Au centre de la Presqu'île, entre la place des Terreaux et la place Bellecour ;
    - Sur la place Bellecour.

Les deux dernières solutions ont vite été écartées et le débat s’est focalisé sur Perrache et les Brotteaux. Cependant, c’est la troisième solution qui avait la nette préférence de Louis Bonnardet et son argumentation est intéressante.

« Avant tout donc, ce que Lyon doit combattre, c'est la traversée;

Après la traversée, le projet des Brotteaux, par la raison qu'il est plus propre que tout autre, à provoquer l'émigration de la population de Lyon.

Quant au projet de Perrache, bien qu'à certains égards il doive nuire à plusieurs quartiers de cette ville, et surtout à ceux du nord et à la Croix-Rousse, il est juste de reconnaître qu'il éloigne le danger, parce qu'ainsi que ses adversaires le proclament eux-mêmes, il se prête moins bien au déplacement de la population centrale.

Mais le projet par excellence, au point de vue de Lyon, est assurément celui du centre, que nous recommandons de toute la religieuse puissance de nos convictions, à ceux qui tiennent la balance dans laquelle se pèsent nos destinées, d'autant plus qu'il serait de nature à mettre tout le monde d'accord et donnerait une égale satisfaction à toute l'agglomération lyonnaise, sans en excepter les Brotteaux qui se trouvent eux-mêmes placés précisément en face. »


A propos du site et du projet lui-même :

« Si on pénètre dans ce carré long qui se trouve renfermé entre le Rhône et la Saône, entre Bellecour et les Terreaux, c'est-à-dire entre les plus beaux quartiers et les plus beaux quais de Lyon, on trouve une ville puante et sale, des rues étroites et tortueuses, des maisons ignobles et ruinées, qui contrastent étrangement avec la brillante enveloppe qui les cache.[…] Et pourtant, ces quartiers si dégoûtants, si justement fuis, si mal habités, occupent le terrain le plus précieux de Lyon.

Or, c'est là que, d'après les auteurs du projet dont je parle, le chemin de fer viendrait aboutir; c'est là que serait placé l'embarcadère, pour les voyageurs seulement; c'est là que seraient élevés sur tous les terrains restés libres, de nouveaux édifices appropriés à nos goûts et à nos besoins actuels ; c'est là que seraient percées des rues larges et droites, en échange de ces couloirs obscurs et tortueux qui sillonnent maintenant cette partie de la ville; c'est là que Lyon, dépouillant cet aspect de dégoûtante décrépitude que présentent ces quartiers, se relèverait brillant et rajeuni, plein d'avenir, et fort d'une vie nouvelle, comme fait une fleur, fille parfumée du fumier le plus immonde ; c'est là enfin, que le commerce trouvant au centre même de Lyon, et entre ses deux rivières, des locaux commodes et convenables, reviendrait se fixer, et renoncerait aux tendances excentriques qui le poussent à s'éloigner. »


Du point de vue technique :

« Sous le rapport de l'art, je ne crois pas les difficultés plus grandes qu'ailleurs. Un viaduc qui ferait du pont de Nemours un pont couvert; un embarcadère placé au centre des quartiers dont j'ai parlé, sous lequel continuerait à circuler la population, et qui ne gênerait et n'interromprait aucune communication, me sembleraient, sous tous les rapports, réunir des avantages d'une appréciation simple et facile. »

Le pont de Nemours dont il est question n’existe plus. A l’époque, il était encore en construction en remplacement de l’ancien Pont du Change démoli en 1842. Les travaux du nouveau pont ont débuté en 1843 pour s’achever en 1848, date à laquelle il reprend le nom de Pont du Change. Il est détruit en 1974. Cette idée de pont à deux niveaux fait penser au pont de Bir Hakeim à Paris qui permet à la ligne 6 du métro de traverser la Seine. Cela aurait pu faire un bel ouvrage à Lyon ! Par contre, quand on regarde sur un plan, on voit que le pont de Nemours / Pont du Change se trouvait dans l’axe de l’église Saint-Nizier classée au titre des monuments historiques en 1840… Louis Bonnardet et les auteurs du projet pouvaient-il l’ignorer ? En tout cas il n’en parle pas.



Pour conclure sur cette solution :

« Si quelque chose, en effet, devait atténuer le mal qui doit résulter, pour notre ville, de la traversée, ce serait assurément ce projet, soit parce qu'il rendrait le chemin de fer plus commode, plus facile, et moins dispendieux que tout autre; soit parce qu'aboutissant au centre même de Lyon, il tendrait, par la force des choses, à y maintenir la vie et le mouvement, sans perturbation trop immédiate, pour les intérêts existants, et surtout pour ceux des quartiers du Nord et du Centre qui sont les plus menacés; soit enfin parce qu'il serait, pour notre ville, l'occasion et la cause d'une régénération qui, sans elle, n'aura peut-être jamais lieu. »

Le quartier évoqué ici a quand même fait l’objet d’une transformation à partir de 1853 sous le mandat du préfet Claude-Marius Vaïsse, surnommé par les historiens le « Hausmann lyonnais ». C’est intéressant de voir qu’à cette époque, l’idée qu’une gare pouvait avoir un potentiel régénérateur dans un quartier en crise était déjà dans les consciences.

On le sait, c’est le projet de Perrache qui a eu gain de cause. On peut comprendre que le projet d’une gare plus centrée devait rebuter les ingénieurs à cause des expropriations qu’il aurait fallu gérer et peut-être aussi la coactivité avec un projet urbain.

Quant à la solution d’une gare aux Brotteaux, pour faire simple, elle avait le grand inconvénient d’être située hors de la ville de Lyon. En effet, le quartier des Brotteaux dépendait de la commune de la Guillotière rattachée à Lyon en 1852. En 1845, pour les Lyonnais, la gare devait être située dans Lyon et pas de l’autre côté du Rhône, au grand désespoir de la compagnie ferroviaire.

J’y reviendrai très bientôt à la solution des Brotteaux.
A suivre donc…
KM 506
 
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Re: De la gare des Brotteaux à la gare Part-Dieu

Messagepar KM 506
17 Avr 2017, 18:22

Je poursuis dans la foulée de mon précédent message.

Le 12 novembre 1845, le Ministre des Travaux Publics fixe par arrêté l’implantation de la gare principale à Perrache :

    « ART. 1 – Le tracé du chemin de Paris à Lyon dans la traversée de cette dernière ville se dirigera sur la rive droite de la Saône, par Vaise, traversera en souterrain la montagne de Saint-Irénée, franchira la Saône et arrivera au cours Napoléon (Perrache).
    Ce chemin aura deux gares, une à Vaise, l’autre au cours Napoléon.
    ART. 2 – Le chemin de Lyon à Avignon aura deux points de départ, l’un à l’extrémité de la gare du cours Napoléon, l’autre sur la rive gauche du Rhône près du pont de la Guillotière, soit en amont, soit en aval ; il aura une gare spéciale en ce point. »


A cette époque, Barthélémy Prosper Enfantin, célèbre disciple de Saint-Simon et « Père Suprême » de la religion Saint-Simonienne, est très actif dans la création de la compagnie PLM dont il sera administrateur. Il réagit au choix de Perrache dans une lettre adressée à son ami lyonnais Arlès-Dufour le 3 novembre 1845 :

« La solution pour Lyon est si bête qu’il y a tout lieu de croire qu’on y reviendra plus tard ; mais pour cela il faudra que notre Conseil d’administration soit actif et puissant ; je vais donc commencer à m’occuper sérieusement de réfléchir à la composition de ce Conseil et de le préparer. » (Bibliothèque de l’Arsenal, 7617, f°88, cité dans l’excellent ouvrage de D’ALLEMAGNE Henry-René, ‎Prosper Enfantin et les grandes entreprises du XIX° siècle, Librairie Gründ, Paris, 1935).



Dans une lettre à M. Monnier de la Sizeranne datée du 20 avril 1845, Prosper Enfantin expose les quatre raisons qui militent en faveur du site des Brotteaux :

    « 1° Le tracé qui y conduirait depuis la rive droite de la Saône serait plus court et plus économique que celui qui mènerait à Perrache ;
    2° Tous les terrains nécessaires au débarcadère et à la gare appartiennent à une seule main (les hôpitaux) et sont moins chers et plus étendus que ceux de Perrache ;
    3° Le plus grand accroissement depuis la paix s’est fait à l’est et au nord de Lyon ;
    4° Le débarcadère situé sur la rive gauche en face du quartier de la Préfecture serait infiniment plus central que ne le serait un point quelconque au sud de Bellecour. »
(Bibliothèque de l’Arsenal, 7617, f°6, verso, cité dans l’ouvrage d’Henri-René D’Allemagne).

Cette solution était également défendue, et on le comprend, par le Conseil Municipal de la Guillotière.







Pour voir le document en entier avec les arguments du Conseil Municipal de la Guillotière et zoomer plus confortablement : http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/visu_affiche.php?PHPSID=6d074c9671de32198807217ae91b963e&param=visu&page=1

Le chemin de fer de Lyon à Genève permettra finalement d’implanter une gare aux Brotteaux et de la raccorder à l’artère impériale du PLM, avant de la déplacer à la Part-Dieu presque à l’emplacement préconisé en 1845…

A suivre...
KM 506
 
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Re: De la gare des Brotteaux à la gare Part-Dieu

Messagepar KM 506
01 Mai 2017, 17:37

Bonjour,

En feuilletant un petit livre réunissant des extraits de textes de grands auteurs à propos de la ville de Lyon, je suis tombé sur ces lignes écrites par Julien Gracq :

« Ce n’est pas la porte du Midi, c’en est plutôt, par tous ses aspects, le purgatoire antécédent, accumulant au vestibule même des pays du soleil ses pluies noires, ses maisons salies, ses gares lépreuses, sa verdure criarde déchirée de rouge par les toits de tuile mécanique, pour une dernière station pénitentielle. De toutes les villes de France que je connais, pour mon cœur la plus parfaitement neutre, et qui ne sera jamais pour moi qu’un sommeil entre deux trains : les quais de sa gare, dans la grisaille du petit matin, entre tous les quais m’ont toujours paru des quais où se pendre. » (Julien Gracq, Lettrines, Editions Corti, Paris, 1967, cité par Gilbert Vaudey, Le goût de Lyon, Mercure de France, Paris, 2004.)

Le texte date de 1967, je ne sais pas à quelle gare à Lyon Julien Gracq fait référence, si c’est Perrache ou Brotteaux… Les autres textes de cette anthologie sont beaucoup moins sinistres, je vous rassure. D’ailleurs Gilbert Vaudey, qui a choisi ces textes et les présente, a commenté ainsi les quelques lignes de Julien Gracq :

« Une halte entre deux trains, une promenade de quelques heures, ne suffisent pas, et moins encore l’impression retenue à l’entrée ou à la sortie du désormais célèbre bouchon routier de Fourvière. Lyon demande qu’on s’y attarde, acclimate et, plus encore qu’on y invente seul ses itinéraires : ce qui ne se dérobe pas, mais ne s’entoure d’aucun tapage, n’appartient qu’à celui qui se confie à la chance des pas. »

N’est-ce pas une bonne entrée en matière pour évoquer ce que tout quartier de gare qui se respecte doit absolument accueillir : des hôtels ?

Pour se plonger dans l’ambiance, ci-dessous un petit mot écrit en mai 1912 depuis le Grand Hôtel Piolat inauguré le 15 avril 1911 et conçu par l’architecte Pierre Martinon.


« Excuses-moi si je ne t’en dis pas plus long mais demain vendredi 10 je serai au buffet de la gare Châteaucreux à 5 heure ½ pour en repartir une heure après.
De passage ici d’où je repars dimanche soir je serais bien heureux de te serrer la main. »


Encore un qui n’a pas compris que « Lyon demande qu’on s’y attarde »… Et qu’est-il allé faire à Saint-Etienne d’ailleurs ? ;)

L’hôtel, situé 114 boulevard des Belges (à l’époque boulevard du Nord), est aujourd’hui un hôtel Mercure.













Des plans de l’hôtel ont été publiés en 1911 dans le journal La Construction lyonnaise du 1er juin 1911 après un article élogieux publié dans le même journal deux mois plus tôt.



Un extrait de l'article du 1er avril 1911 :

« A l'angle du boulevard du Nord et de la rue Moncey, construit entièrement en maçonnerie, — pierre de Villebois pour le rez-de-chaussée, pierre blanche et pierres ordinaires enduites de ciment blanc pour les étages, — au moins quant aux façades sur l'une et l'autre voie, cet hôtel de cinq étages présente un aspect séduisant par la courbe des balcons des fenêtres, par les bow-windows du centre et des extrémités, ornés de sculptures autant variées qu'artistiques — en haut, des fleurs : ici soleils, là pivoines ; dans les clefs, des fruits, pommes émergeant de leur feuillage ; au-dessus de, l'entrée du bar, une originale tête de Bacchus remarquablement propre à chasser les soucis et appeler la gaîté, — enfin cette séduction, qui commence dès la sortie de la nouvelle gare des Brotteaux par le dôme, attireur des yeux, et par les fleurs naturelles des jardinières en ciment placées aux fenêtres mansardées, enveloppe le voyageur à mesure qu'il avance et l'enchante au moment où il se dispose à franchir le seuil. Impression favorable, qui promet bon gîte et bonne table ; n'est-ce pas le but à atteindre pour celui qui assume la tâche de construire un hôtel de voyageurs aux abords d'une gare ?
[…]
Pour les balcons et appuis des fenêtres, ce sont des balustres en pierre blanche aux bow-windows et au premier étage, le fer forgé étant réservé aux autres ouvertures ; cette alternance de balustres et de fer forgé rompt la monotonie en même temps qu'elle procure une variété de couleurs du plus bel effet.

J'ai parlé de fer forgé. Mais il existe également, dans la marquise qui domine tout le rez-de-chaussée : bar, café et salle à manger ; il est encore dans l'escalier ; partout il apparaît avec ses qualités maîtresses de solidité et de somptuosité ; enroulements capricieux, motifs variant à l'infini, formes arrondies et menues : tout en fait une œuvre d'art. C'est une richesse rare qui rehausse l'ensemble, car le fer forgé ne supporte pas la médiocrité. »

(Tuotiop A., « L’Hôtel Piolat », La Construction lyonnaise, 33e année, N°7, 1er avril 1911. Journal consultable en ligne sur le site de la bibliothèque numérique de Lyon : http://collections.bm-lyon.fr/BML_01PER00303001)

A suivre pour d'autres hôtels du quartier...
KM 506
 
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Re: De la gare des Brotteaux à la gare Part-Dieu

Messagepar sncb_nmbs
01 Mai 2017, 18:23

Comme toujours très intéressant et surtout un vrai travail de documentaliste :cool: :applause:

Hotel_Piolat_1_lt.jpg
Représentation un peu fantaisiste de l'hôtel. Le bâtiment n'est pas aussi grand dans la réalité et il n'est pas orienté comme ça par rapport à la gare des Brotteaux.

:idea: Disons, que le propriétaire (en bas à gauche) se l'imaginait comme cela, mais le service de l'urbanisme ne lui a accordé que 5 travées :mur: :mur: :ange: :mdr: :mdr: :mdr:
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Re: De la gare des Brotteaux à la gare Part-Dieu

Messagepar KM 506
14 Juil 2017, 19:12

Bonjour,

Merci sncb_nmbs pour votre message. Il est possible en effet que le propriétaire du Grand Hôtel Piolat rêvait plus grand !
Après une petite interruption, je vous propose de poursuivre sur l’histoire de cette gare et de son quartier en continuant le sujet des hôtels.

A 100 mètres du Grand Hôtel Piolat, en restant dans l'ancien boulevard du Nord devenu boulevard des Belges, au n°97, est construit en 1909 l'Hôtel Terminus Brotteaux (Bouvier-Théry, propriétaire). L’hôtel ferme en 2004. Il est reconverti en bureaux pour l’association Valentin Hauy du rez-de-chaussée au 2ème étage et en logements pour les autres niveaux.





Et le bâtiment de l'hôtel tel qu'il est aujourd'hui :


La rue à droite est la rue Waldeck Rousseau qui correspond à peu près à l'ancien tracé de la voie ferrée quand elle était à niveau. Remontons là sur 170 mètres environ juste avant d'arriver au pont-rail. Là se tenait autrefois l'Hôtel de France avec ses "chambres de séjour pour voyageurs" et sa spécialité culinaire : la volaille de Bresse.



Le bâtiment existe toujours même s'il a été un peu transformé avec notamment l'ajout d'un étage supplémentaire.



On voit également que le talus ferroviaire a laissé place à un mur de soutènement au moment du quadruplement des voies et que le pont-rail a été repris.

Restons dans la rue Waldeck Rousseau mais rebroussons chemin jusqu'à croiser l'ancienne avenue Jules Ferry devenue avenue du Général Brosset, celle qui a été dessinée dans l'axe de la nouvelle gare des Brotteaux. On tombe alors sur le fameux Hôtel Lugdunum entièrement restauré.



La façade principale de l'hôtel fait face à la gare des Brotteaux.





A propos de l'histoire de ce très beau bâtiment de style Art Déco, l'Inventaire du patrimoine de la région Auvergne Rhône-Alpes nous dit : « La construction de l'hôtel Lugdunum commence en 1920 (…) d'après les plans de l'architecte Valère Perrier, par la Société des Nouveaux Hôtels de Lyon. L'hôtel ouvre ses portes en 1924. Le même bâtiment accueille aussi la direction de la Société des Nouveaux Hôtels et le consulat de Roumanie. L'hôtel possède 400 chambres dont 150 avec salle de bain, des appartements et un garage pour 100 voitures. (…) Les finitions se poursuivent jusqu'en 1926, date à laquelle il devient le Palace-Hôtel. Le consulat de Roumanie quitte alors les lieux. (…) En 1934, le Palace-Hôtel ferme et reste inoccupé jusqu'en 1935, année d'installation d'entreprises dont le secteur d'activité est l'énergie. »

C'est EDF qui s'y installe de 1935 à 1970 puis la SNCF jusqu'en 2010. Le bâtiment est racheté par un promoteur immobilier qui le rénove. Il accueille aujourd'hui notamment la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement. C'est au rez-de-chaussée de ce bâtiment que l'on pouvait venir admirer le réseau de l'AMFL jusqu'en 2010, date à laquelle l'association est contrainte de déménager.



A suivre...
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Re: De la gare des Brotteaux à la gare Part-Dieu

Messagepar KM 506
18 Juil 2017, 00:13

Bonsoir,

Allez, encore un hôtel... Reprenons l'avenue du Général Brosset dans l'axe de la gare jusqu'à l'avenue des Brotteaux. Cette carte postale montre qu'il y avait là un autre hôtel dont on voit l'enseigne peinte (me semble-t-il) sur le mur pignon.



Cet hôtel date probablement de l'époque de l'ancienne gare des Brotteaux. La même vue aujourd'hui :



Le déclassement, en 1884, des fortifications de 1831 ont permis la construction dans le nouveau quartier d’un autre équipement : le lycée du Parc, construit juste après la nouvelle gare des Brotteaux, à l’emplacement de la « Lunette des Charpennes », le long de la voie ferrée. Les travaux s’achèvent à la veille de la première Guerre Mondiale durant laquelle le lycée est occupé par un régiment d’infanterie puis un hôpital militaire.

Pour un historique plus détaillé du lycée du Parc : https://lyceeduparc.fr/ldp/IMG/pdf/histoireldp.pdf



Le lycée du Parc faisait donc partie des nombreux locaux annexes réquisitionnés pour faire face au manque de place dans les hôpitaux de la ville pour accueillir les blessés évacués du front. Il est situé à 500 mètres environ de la gare des Brotteaux où arrivaient les trains sanitaires.

A la gare des Brotteaux s'opérait également les échanges de prisonniers de guerre.

Je suis impressionné par la quantité de documents iconographiques que l'on peut trouver sur l'arrivée des blessés et des prisonniers de guerre à la gare des Brotteaux. Je vais essayer de faire une sélection des cartes postales et photos les plus pertinentes que j'ai pu trouver sur le sujet.

Je commence par celle-ci, surtout pour la mention manuscrite et le texte au dos :



Au dos l'expéditeur a écrit :
"Chers amis. En bonne santé. J'espère que vous l'êtes vous-mêmes. Je vous dis pour mes fils et pour moi nos vœux pour l'année qui va commencer, vœux pour votre santé comme pour votre famille et tous vos chers aimés en souhaitant que avec 1917 ce sera la fin de cette boucherie qui ensanglante le monde et qui nous a tant fait pleurer. J'aime croire que B... (je ne suis pas arrivé à déchiffrer) dans le milieu philosophique qu'il fréquente sera avec tout son tempérament pour la Paix honnête celle que réclame le peuple et dont le gouvernement paraît ou négliger ou oublier. Vous renouvelant nos sentiments croyez en notre bon souvenir."

A suivre...
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Re: De la gare des Brotteaux à la gare Part-Dieu

Messagepar KM 506
23 Juil 2017, 15:21

Bonjour,

La suite des photographies concernant la gare des Brotteaux pendant la première Guerre Mondiale.

Une photo prise le 21 septembre 1915 par un photographe lyonnais de Monplaisir, Henry Jannaud, montrant le Maire de Lyon, Edouard Herriot, en pleine conversation avec le Général Dupage sur le parvis de la gare des Brotteaux en attendant sans doute l'arrivée d'un train de blessés. A leur gauche au second plan, le Général Meunier, Gouverneur Militaire de Lyon, discutant avec Antonin Delcost (je ne sais pas qui c'est).



Puis une carte postale :



Une carte photo montrant des infirmières de la Croix Rouge attendant l'arrivée des blessés :



Pour attendre sur le quai de la gare l'arrivée du "Train de Grands Blessés", il fallait une autorisation délivrée par le Commissaire Militaire de la gare des Brotteaux :



Une fiche de blessure ou de maladie datant de 1918 :



A suivre...
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Re: De la gare des Brotteaux à la gare Part-Dieu

Messagepar joseph
25 Juil 2017, 21:31

chapeau pour les recherches. :cool:
C'est très intéressant. On suit.
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joseph
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Re: De la gare des Brotteaux à la gare Part-Dieu

Messagepar cc6532+891
25 Juil 2017, 22:37

bonsoir,

bourguignon en exil à Lyon, je découvre cette gare.
bel éclairage proposé :cool:
à suivre....
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cc6532+891
 
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