Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

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Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

Messagepar Rockandrail
28 Mar 2012, 15:47

Voies métriques et étroites à la DRG



En marge de la petite histoire de la DRG, je vais livrer ici les renseignements dont je dispose à propos des locomotives allemandes pour voies métriques et étroites qui furent intégrées à la DRG. Même si le développement de telles lignes n'a pas connu en Allemagne l'ampleur de celui des chemins de fer départementaux français ou des vicinaux belges, il fut néanmoins l'occasion de voir se développer quelques machines assez singulières. Nous allons donc les étudier.

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, un rappel des modes de classification des locomotives allemandes pour voies métriques et étroites s'impose.


Préambule :


La classification allemande des locomotives pour voies étroite et métrique

Rappelons tout d’abord que la désignation allemande ne fait pas de distinction entre voie « métrique » et « étroite ». Toutes les locomotives dont l’écartement des roues est inférieur à l’écartement standard de 1435 mm se voient qualifiées de « Schmalspurlokomotiven » - autrement dit de « locomotives pour voie étroite ».

1) La classification prussienne

A l’initiative de la Direction Royale des Chemins de Fer (KED) d’Elberfeld, la Prusse avait mis en place dès 1903 les désignations de catégorie S, P et G respectivement pour les locomotives à tender attelé dédiées aux services voyageurs express et omnibus et au trafic des marchandises.
Les locomotives-tender par contre recevaient toutes la lettre T. Aucune distinction n’était faite entre leurs statuts de machines pour les services voyageur ou marchandises ni ne permettait de distinguer entre des locomotives à écartement normal ou étroit ni même à crémaillère.
La distinction mise en place à partir de la T8 (future BR 890), affectant des numéros de catégorie pairs aux machines à vapeur surchauffée et des numéros impairs aux machines à vapeur saturée, ne s’appliqua pas aux locomotives pour voie étroite ou à crémaillère.
Les locomotives pour voies étroites se virent réserver la plage de numérotation T31 à T40. Aucune distinction n’était faite entre les machines pour voie métrique et les machines pour voie de 785 mm circulant en Haute Silésie. Ainsi, les locomotives T31 à T35 et T40 étaient des machines pour voie métrique et les locomotives T36 à T39 étaient à écartement de 785 mm. Les T31 furent même construites aux deux écartements.
Tout comme les locomotives à écartement normal, les locomotives pour voies étroites portaient le nom de leur Direction Régionale suivi d’un numéro en chiffres arabes. Des plages de numéros étaient affectées à chaque série ou catégorie et chaque Direction utilisait la même plage pour les mêmes locomotives. Il y eut donc, par exemple, une T33 « CÖLN 51 » et une T33 « ERFURT 51 »


2) La classification bavaroise

La Bavière utilisa, à partir de 1901, une classification par catégorie : S = Schnellzug ; P = Personenzug ; G = Güterzug ; R = Rangierlokomotive (Locomotive de triage ou de manœuvre). Les locomotives-tender, essentiellement affectées au triage, reçurent en plus la lettre « t » ; les locomotives des lignes locales à voie normale reçurent la lettre « L » ; les locomotives pour voies étroites reçurent la lettre additionnelle « s » (pour "schmallspurig")et les locomotives à crémaillère, la lettre « z » (pour "Zahnrad").
Les machines étaient ensuite identifiées par leur disposition d’essieux sous forme de fraction : les essieux moteurs au numérateur ; le total des essieux au dénominateur.
De ce fait, une locomotive PtzL ¾ était une locomotive-tender à quatre essieux pour le service voyageur omnibus sur les lignes locales, équipée d’un mécanisme à crémaillère et dont trois des essieux étaient moteurs. Ce que n’indique pas cette désignation, c’est si la machines est une 1’C (130) ou une C1’ (031).
De même, une Gts 2 x 3/3 était une locomotive-tender pour voie étroite dédiée au trafic marchandise dotée de deux unités de trois essieux moteurs. C’était une Mallet.

3) La classification palatine

Jusqu’à sa fusion avec les chemins de fer bavarois en 1909, le Palatinat désignait ses locomotives pour voie métrique avec la lettre « L » et les chiffres 1 ou 2. (Il n’y eut que deux catégories). Les immatriculations des machines au sein des catégories se faisaient en chiffres romains. Après la fusion, la classification bavaroise fut adoptée mais les chiffres romains furent conservés.

4) La classification saxonne

En Saxe, la classification des locomotives pour voies étroites était initialement identique à celles des autres locomotives. A partir de la fin de années 1890, l’on créa une série spéciale regroupant l’ensemble des locomotives pour voies étroites, commençant par le chiffre romain « I » et suivi par la lettre « K » Cette numérotation fut confirmée en 1900 par la création de catégories I K, II K, etc. Chaque nouvelle catégorie recevait un numéro incrémenté (I K = locomotive à trois essieux ; II K = locomotive double construite sur la base de deux locomotives I K ; III K = locomotive à trois essieux accouplés et un essieu porteur).
L’unique locomotive pour voie métrique de Saxe reçut la classification I M.

5) La classification wurtembergeoise

Le Wurtemberg classait ses locomotives-tender sous la lettre « T », qu’elles fussent pour voies normale ou étroite. Les locomotives pour voie métrique reçurent la lettre complémentaire « s », celles pour voie de 750 mm furent identifiées « ss ». Des chiffres arabes identifiaient ensuite le nombre d’essieux accouplés. De la sorte, une Ts 3 était une locomotive-tender à trois essieux accouplés pour voie métrique et une Tss 4 était une locomotive-tender à quatre essieux accouplés pour voie de 750 mm. Les locomotives Mallet reçurent la lettre d’identification « d » pour « duplex » (deux unités motrices). La Tssd était ainsi une locomotive-tender Mallet B’Bn4v pour voie de 750 mm.

6) La classification badoise

Le duché de Bade n’avait sur son territoire qu’une seule ligne à voie étroite, reliant Mosbach à Mudau, ligne exploitée par une compagnie privée. Les chemins de fer badois ne créèrent donc aucune numérotation spécifique pour ce matériel.


7) La classification de la DRG

La DRG mit en place une numérotation plus précise et dédiée aux locomotives pour voies étroites qui engloba aussi bien les locomotives intégrées des anciens états que les machines unifiées conçues après sa création. Elle regroupa l’ensemble de ces machines dans une série générique : la série 99. Au sein de cette série, la DRG organisa les plages de numérotation en fonction de l’écartement des voies :

Numéros 99 001 à 299 : locomotives à écartement de 1000 mm, dit « métrique ».
Numéros 99 301 à 399 : locomotives à écartement de 900 mm.
Numéros 99 401 à 499 : locomotives à écartement de 785 mm.
Numéros 99 501 à 799 : locomotives à écartement de 750 mm.

Les locomotives provenant des anciens états et dont la radiation était prévue pour intervenir rapidement furent numérotées 99 7101 et au-delà.
Au sein des quatre plages principales, l’incrémentation suivit à peu près l’augmentation du nombre d’essieu, comme cela avait été le cas pour les machines des séries 01 à 96.
La DRG attribua à toutes ses locomotives à vapeur une désignation de catégorie qui figurait sur des plaques en fonte placées sur les flancs gauche et droit de l’abri.
De base, toutes les locomotives pour voies étroites reçurent la lettre de catégorie « K » (pour « Kleinbahnlokomotiven » - Locomotives pour chemins de fer à « petite » voie). La lettre était, comme pour toutes les autres vapeurs de la DRG, suivie de chiffres arabes décrivant la disposition d’essieux puis, séparé par un point, le poids supporté par l’essieu accouplé médian. De ce fait, la catégorie K 57.9 désignait une locomotive comportant cinq essieux accouplés, deux essieux porteurs (soit au total sept essieux) et dont l’essieu accouplé médian supportait une charge de neuf tonnes. Dans ce cas précis, il s’agissait d’une locomotive 1’E1’h2 de la série 9973-76.
Après la guerre, la DB comme la DR conservèrent cette numérotation. Cependant celle-ci tomba en désuétude à la DB après 1950.

A l’issue de ce préambule, nous allons maintenant passer en revue les locomotives pour voies étroites intégrées à la DRG. Par souci de simplicité, nous allons suivre l’ordre de la numérotation plutôt que de créer des sous chapitres par compagnies d’origine.
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Re: Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

Messagepar Rodolphe
28 Mar 2012, 21:02

Chouette chouette chouette, vivement la suite :cool:
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Re: Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

Messagepar POMidi
28 Mar 2012, 21:14

Ah c'est parti :cool:

En tant que grand amateur de Schmalspur, j'apprécie.

Merci, Pierre
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Re: Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

Messagepar montlucon03
29 Mar 2012, 11:51

:applause: :applause:
Montlucon , GUGU et toute la clique.....
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Re: Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

Messagepar Rockandrail
29 Mar 2012, 14:04

***


1) les locomotives pour voie métrique intégrées à la DRG


1-1) BR 9900 – ex pfälz. L 2

La firme Krauss de Munich livra entre 1903 et 1905 cinq petites locomotives-tender à deux essieux accouplés à destination des lignes à voies métriques du palatinat. Sorties d’usines avec les numéros de fabrication 4920 et 4921 puis 5198 à 5200, les machines formèrent la catégorie L 2.
Suivant l’usage en vigueur au Palatinat, les machines y avaient été immatriculées en chiffres romains XXIII à XXVII. Elles portaient également des noms de localités du Palatinat : KLINGBACH, REHBACH, GEINSHEIM, FREISBACH et WEINGARTEN.
Leurs caractéristiques de construction se rapprochaient de celles d’autres locomotives pour voies étroites livrées à la Bavière (bay. L 1). Les roues avaient un diamètre de 855 mm.
Les machines ne possédaient qu’une unique caisse à eau disposée du côté gauche de la chaudière et surmontée de la caisse à charbon. Le cadre lui-même faisait en partie fonction de caisse à eau. Le côté droit du tablier formait passerelle et était équipé d’un garde-corps de sécurité. Il était accessible par une porte disposée sur la face avant de l’abri.
Les machines étaient dotées d’énormes lanternes.

Au cours de l’ensemble de leurs années de service, les machines ont presque toujours opéré sur la ligne à voie métrique longue de 29,1 km reliant Neustadt/Weinstraße à Spire. D’une très grande simplicité, ces locomotives ont rendu longtemps et avec fiabilité tous les services qui leur furent demandés. D’après mes sources, la locomotive « KLINGBACH » a été vue également sur la ligne Alsenz-Obermoschel dans le Nord du Palatinat.

La DRG intégra les cinq locomotives L 2 dans la série 99 et les numérota 99 001 à 99 005. Leur dépôt d’attache demeura Neustadt/Weinstraße, rattaché en 1928 à la Direction de la Reichsbahn de Ludwigshafen.
Les radiations intervinrent cependant relativement tôt : la première machine retirée du service fut en 1931 la BR 99 003. Suivirent en 1935 les BR 99 002 et 99 005. La raison en était simple : la masse des trains à tracter dans les années trente du vingtième siècle dépassait les capacités de ces petites machines. La BR 99 001 quitta à son tour le service le 31 octobre 1936. Elle servit encore de locomotive de chauffe jusqu’au 12 janvier 1946, toujours dans le Palatinat. La BR 99 004 fut à son tour radiée en 1945.
La poursuite de leur service fut assurée par des locomotives prussiennes T 33 et par des locomotives « Tramway » palatines à trois essieux accouplés de catégorie L 1. Nous étudierons ces deux machines ultérieurement.

Catégorie : Bn2
Distribution : K 22.8
Diamètre des roues motrices : 855 mm
Longueur hors tampons : 6030 mm
Empattement : 1800 mm
Poids total en service : 15t
Vitesse maxi : 30 km/h
Fabricant : Krauss
Première mise en service : 1903
Tender : 0,6t de charbon
Nombre total construit : 5
Nombre intégré à la DRG : 5
Numérotation : 99 001 à 99 005
Dates de réforme : 1945


BR 99 001.jpg
BR 99 001 – ex pfälz. L 2 numéro XXIII « KLINGBACH » (Krauss 4920/1903)



Sur la photo, l'on distingue bien sur le flanc de cabine les plaques qui portent les inscriptions, de haut en bas:

Deutsche Reichsbahn
99 001
Bw Ludwigshafen (Bw = Betriebswerk = Dépôt)
K22.8
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Re: Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

Messagepar malletslm
29 Mar 2012, 18:31

Génial, je ne pensais pas que ce fil allait démarrer si vite : merci Rockandrail ! :applause:

Je viens déjà d'apprendre une foultitude de choses intéressantes dans les "généralités" :cool: . Et la série commence très fort avec ces surprenantes 020T à "passerelle" latérale d'un côté, disposition dont je ne soupçonnais même pas l'existence... :shock:
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Re: Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

Messagepar Rockandrail
29 Mar 2012, 22:21

Pierre d Imagimonde a écrit:et elle a des roues rouges ? :arrow: :arrow: :arrow:
cool , un peu d metrique :)


Sous sa livrée DRG, oui, elle a des roues rouges. :hinhin (Pourquoi cette question, il y a eu d'autres couleurs?)
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Re: Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

Messagepar POMidi
30 Mar 2012, 09:51

Super :cool: :cool: :cool:

Merci Pierre de démarrer cette étude qui promet. Et en voie étroite et métrique en plus ce qui ne gâte rien. :applause: :applause: :applause:

Et puis cela commence très fort, par ces improbables 020T :coeur1: où une passerelle remplace une des 2 caisses à eau traditionnelles. Question quand même: une telle disposition ne risquait t-'elle pas de créer un déséquilibre de répartition des masses entre les 2 cotés de la machine (une locomotive Dahut en quelque sorte :) )

Inutile de dire que j'attends la suite avec impatience.

Pierre, d'en bas
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Re: Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

Messagepar Rockandrail
30 Mar 2012, 11:52

Sans doute pour le déséquilibre. Mais la machine ne dépassait pas les 30 km/h. Ce la ne devait pas beaucoup se faire sentir. :D
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Re: Voies métriques et étroites à la DRG, la DB et la DR

Messagepar tyrphon
01 Avr 2012, 20:22

Bravo Rock! As-tu une photo de l'autre côté de la machine?
Jean-Pierre "Tyrphon" Dumont
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